Goguryeo 고구려

37 av. J.-C à 668 ap. J.-C

Le territoire du royaume de Goguryeo, après celui de Balhae, fut le plus vaste de toute l’histoire de la Corée et s’étendit sur une large partie de la Chine, bien au-delà des frontières actuelles. Il garde aujourd’hui une place toute particulière dans le coeur des coréens.

Le royaume de Goguryeo est fondé en 37 av. J.-C. près de Zolmon (Huanren, Chine) par Jumong (주몽), prince de la famille royale de Buyeo. Il s’établit plus au sud, dans la vallée de l’Amnok Gang. Il parvient à se faire une place dans ces régions situées au nord de la Corée et habitées par des tribus, en faisant la guerre où le plus souvent en passant des alliances (notamment avec la puissante société locale Yemaek). L’absorption des petits organismes environnants est facilitée par l’absence de rivalité entre populations. Le nouvel état se développe peu à peu dans cette région reculée et peu accessible. Le contrôle administratif de la commanderie chinoise Nangnang est impossible.

 

Le développement du royaume

La classe dirigeante de Goguryeo était pour l’essentiel militaire. L’activité militaire fut en effet la principale caractéristique du royaume. Elle lui permit d’étendre son territoire tant vers le nord que vers le sud et lui assura la majeure partie de ses revenus qui provenaient des raids contre ses voisins. Le royaume profite des troubles de la première Dynastie Han pour refuser obéissance à l’empereur Wang Mang (12 ap. J.-C.). Il annexe deux ans plus tard une première commanderie chinoise. En 37, il s’empare de Nangnang mais la commanderie est rétablit dix ans plus tard grâce au fondateur de la deuxième dynastie chinoise des Han. Goguryeo soumet les royaumes Sonbi puis Puyeo en 194 ap. J.-C. Succédant à Mohon, T’aejo consolide la puissance du royaume et établit une dizaine de places fortes.

Le roi GogukCheon (179-196) lance une importante réforme du système administratif afin de réduire le pouvoir de la noblesse et assurer la prédominance de l’autorité royale. Goguryeo qui était divisé en cinq clans est désormais partagé en cinq districts. Ce système aboutit en 373 à la promulgation sous le roi Sosurim (371-384) d’un ensemble de lois et de règles régissant la totalité du territoire. A mesure que Goguryeo gagne en importance, les frictions avec la Chine deviennent sous-jacentes.

En 224, la dynastie chinoise des Wei qui voyait menacées ses communications avec la commanderie de Nangnang fit attaquer Goguryeo par le général Guan Qiu-jian. Hwanddosŏng, la capitale de Goguryeo fut détruite au cours des opérations, mais le royaume ne s’en trouva pas affaibli pour autant.

Le royaume n’entre en relation avec Silla et Baekje que tardivement (respectivement en 245 et 369) car au centre de la Corée se trouvait comme nous l’avons vu la commanderie chinoise Nangnang.

En 313, la Chine se trouve en plein chaos, le prestigieux empire des Han vole en éclat. Le roi Micheon de Goguryeo (300-331) en profite pour s’emparer de la commanderie. Cette date marque la fin de 400 ans de présence chinoise dans la péninsule. Après l’éclatement de la dynastie Han, Goguryeo a plus de mal à s’imposer parmi les nouveaux et multiples petits royaumes. Les rois de la famille Ko se tournent alors vers le sud. La capitale est transférée dans la vallée du Taedong Gang, aux environs de Pyeongyang. L’élimination de la présence chinoise plus un gain de territoire ont joué un rôle capital dans l’essor culturel et économique de Goguryeo. Sous le règne Gwanggaeto Wang (391-413), le royaume de Goguryeo devint l’état le plus puissant d’Asie du nord-est. Son territoire occupe alors le centre et le nord de la péninsule et le nord-est de la Chine. Au commencement du IVe siècle, Goguryeo se trouve limitrophe avec Baekje, comme il l’était avec Silla depuis cinquante ans. Le royaume est alors à son apogée.

 

Goguryeo face à la Chine

En 589, la Chine est réunifiée par la dynastie des Sui. Face au danger potentiel que représente l’alliance passée entre les Tujue, peuple nomade des plateaux mongols et Goguryeo, la Chine va former une vaste armée. Dix ans plus tard, Goguryeo profite des démêlées entre Tujue et Chinois pour prendre à revers les troupes chinoises. L’empereur Wendi de la Dynastie Sui vient à bout des Tujue et repart à l’attaque de Goguryeo à la tête de plus d’un million d’hommes. Le général Ulji Mundeok, considéré comme le plus grand stratège de Goguryeo mais aussi de toute l’histoire de la Corée parvient a déjouer les multiples attaques chinoises. Au final, ces soixante-dix ans de guerres provoquèrent la chute de la dynastie des Sui et l’affaiblissement des ressources de Goguryeo.

Avec l’avènement de l’Empire chinois des Tang en 618, les conflits entre les deux puissances s’intensifièrent encore. Sous la direction du célèbre général Yeon’Gaesomun, l’armée parviendra pendant un temps à déjouer les actes d’agression de Tang. Le grand patriotisme de son peuple et son esprit d’assistance à l’armée étaient à la base de la puissance du Goguryeo.

Alors que le royaume peine à se remettre d’un terrible coup d’état (le roi Yongnyu et tous ses ministres sont tués par Yeon’Gaesomun, un redoutable général qui portait cinq sabres), une nouvelle menace se profile. En 650, la Chine devant son incapacité à régler seule le problème Goguryeo décide de s’allier au royaume de Silla. Les troupes de Goguryeo, usées par des longues années de luttes, s’effondrent sous les coups de Tang et de Silla. En 668, les troupes impériales chinoises et celles de Silla, déjà presque complètement maîtresses du royaume de Baekje, attaquèrent une dernière fois un Goguryeo à l’agonie.

Le Goguryeo fut une grande puissance de l’Orient, de par la taille de son territoire, de l’importance de ses forces militaires, du développement de sa culture et de la durée de son existence. Son vaste territoire fut partagé; la partie nord revint aux chinois et la partie sud au royaume de Silla et le reste à Balhae, successeur de Goguryeo. Jumong (주몽), fondateur du royaume de Goguryeo

Fils de Haemosu et Yuhwa, Jumong est le fondateur du royaume Goguryeo en 37 av. J.C.; La légende raconte qu’il est sortit d’un oeuf protégé par le ciel et les animaux. Après quelques mois seulement il est déjà capable de parler et ses aptitudes exceptionnelles s’améliorent à mesure qu’il grandit. Poussé par une force supérieure, il part vers le sud fonder un nouveau royaume. S’en suit alors une chevauchée fantastique jusqu’au jour où il décide d’installer la capitale de son royaume au bord d’un fleuve. Jumong doit alors faire face à Songyang, le roi de la province et lui annonce “Je suis le fils du ciel et maintenant roi de cette terre”. Songyang propose alors un défi de précision au tir à l’arc que Jumong remporte brillamment. Après cela, Jumong commanda à la pluie de tomber et en sept jours la capitale de Songyang disparue sous les flots. Puis avec l’aide du ciel Jumong érigea son palais, là aussi en sept jours, ainsi apparu le royaume de Goguryeo. Science et Art à Goguryeo

Le royaume s’imprégna des influences tant chinoises que des groupes nomades des plaines du nord pour créer sa propre culture qui influença à son tour le reste de la péninsule ainsi que le Japon.

A l’époque de Goguryeo, la météorologie et l’astronomie connaissent un développement rapide. Selon les archives, il y avait un observatoire de vaste dimension au sud de Pyongyang et l’observation astronomique s’effectuait à un niveau élevé. En témoignent les cartes du ciel découvertes dans des tombeaux Goguryeotes à fresques. Citons surtout la carte du ciel en pierre, gravée au IVe où Ve siècle : elle contient près de 1500 étoiles sur plus de 280 constellations axées sur le pôle nord. C’est une carte des constellations très ancienne, au contenu exact. A cette époque, la médecine dont l’acupuncture et la stimulation des points connaissait un progrès remarquable ; elle fut diffusée jusqu’au Japon.

Les vestiges du Goguryeo témoignent du développement de la métallurgie et de la construction au Goguryeo. Les beaux-arts se distinguent par leur originalité, leur vigueur, leur grandeur et leur beauté. Des portraits et des scènes ont été découverts dans le tombeau du roi Ko Guk Won et dans celui à fresques de Tokhungri. Des toiles à quatre anges gardiens (dragon bleu, tigre blanc, phénix rouge et tortue : animaux fantastiques représentant les quatre directions) se trouvent dans les tombeaux de Kangso. Jusqu¹ici, plus de 90 tombeaux de ce genre ont été découverts.

La littérature et les arts connurent aussi un développement. Citons par exemple, les légendes consacrées à la fondation du Goguryeo : Les Contes de Jumong, L’Histoire d’Ulji Mundeok, L’Histoire d’Ondal, Le lapin et la tortue et le poème d’Ulji Mundeok à l’adresse de Yu Zhoungwen. La musique et la danse sont aussi parvenues à un niveau supérieur.

La culture développée du Goguryeo a exercé une grande influence non seulement sur Baekje et Silla mais aussi sur les autres pays voisins. La fresque du tombeau Takamatszuga de la préfecture de Nara, la plus célèbre fresque tombale au Japon, et la peinture murale dorée du temple Hougu faite en bois, la plus ancienne au monde, ont toutes été créées par des Koguryotes.

Baekje 백제

Le monarque fondateur de Baekje (백제) aurait été Onjo, fils de Jumong (주몽) lui-même fondateur de Goguryŏ. Onjo établit en 18 av. J.C la ville de Wiryeseong (actuelle Séoul) dans le bassin du fleuve Han au centre de la péninsule coréenne. Baekje qui n’est alors qu’un état tribal se développe parmi soixante-dix sept autres fédérations dont certaines constituées elles aussi de migrants et de réfugiés venus de Goguryŏ. La lente et difficile assimilation des populations autochtones s’accélèrent soudain devant les menaces soufflant du nord. Développement du royaume

Le peuple de Baekje est d’origine diverse. Le développement du royaume s’appuie sur quatre groupes de population distincts; ceux venus du sud depuis Buyeo et ceux venus de Goguryeo située plus au nord constituèrent le vivier principal duquel sont issus la noblesse et la royauté, les natifs de la région de Mahan, les chinois issus des commanderies de Nang-rang et Dae-bang absorbées par Baekje et enfin dans une moindre mesure de japonais qui immigrèrent à Baekje au cours des échanges culturels et commerciaux. Au VIIe siècle, Baekje aurait compté jusqu’ à 1 200 000 habitants.

La fédération est réorganisée sous le règne du roi Goi (234-286), premier souverain du royaume. C’est sous son règne que Baekje prend le contrôle total du bassin du fleuve Han en éliminant la menace des Malgals, alors vassaux de Goguryŏ. Il instaure une monarchie rigoureuse, structurée autour des Chwap’Yŏng. Au nombre de six, ces ministres ont pour fonction les finances, le conseil du roi, les rites, la garde royale, la justice et les affaires militaires. Pour compléter ce système, un poste de premier ministre sera créé pour renforcer la bonne administration du pouvoir. Ces réformes permettent au royaume de prendre son essor, mais il faudra attendre encore en siècle pour que Baekje s’affirme comme Etat.

L’histoire de ce royaume est faite de luttes pour repousser les invasions de Goguryŏ et de Malgal au nord, de Silla à l’est et de Mahan au sud. En 246, la commanderie chinoise de Lo-lang située au nord lance une attaque d’envergure contre la région afin d’empêcher la consolidation de ce nouvel état. Au IVe siècle, Baekje est renforcée par l’arrivée massive de populations venues de Lo-lang et de Puyŏ qui fuyaient les armées de Goguryŏ.

Sa restructuration en un Etat aristocratique centralisé est poursuivie par le roi Geunchogo (346-375) qui fut un grand conquérant. C’est le premier roi de Corée à être mentionné dans les annales chinoises. Il annexe le pays de Mahan et la commanderie chinoise de Daifang (369). Après une guerre contre Goguryŏ (371) durant laquelle le roi de Goguryŏ est tué, Baekje s’empare de Pyongyang et agrandit son territoire vers le nord. Le royaume domine alors l’ensemble sud-ouest de la péninsule.

Le roi Ch’imnyu (384-385) adopte le bouddhisme en 384. Cette religion nouvelle fait rapidement la conquête de la noblesse et de nombreux temples sont construits. Certains moines comme le plus célèbre, Kyŏmik (Ve-VIe siècle) partent jusqu’en Inde recueillir des Sutras en Sanskrits qu’ils traduisent ensuite. L’introduction du bouddhisme marque le point de départ de l’art de Baekje. Luttes et replis de Baekje

En 475, soit cent ans après sa défaite, le royaume de Goguryŏ lance une attaque avec une armée de 30 000 hommes et Hansong, la capitale de Baekje est prise. Le roi Gaero (455-475) meurt au cours des combats. Le roi Munju, qui lui succède, est obligé la même année de déplacer la capitale de Baekje à Ungjin (actuelle Gongju) située plus au sud. Il se consacre à rétablir l’autorité royale et renforce ses positions dans le sud.

Baekje se retrouve à nouveau en grande difficulté en 538 et sous la seizième année de règne du roi Seong, la capitale est à nouveau déplacée à Sabi (actuelle Buyeo). Baekje change alors de nom officiel et devient le royaume de Nambuyeo (남부여). Ces changements marquent le début de la période Sabi (538-660). Le roi renforce le pouvoir royal et resserre ses liens avec la Chine et le Japon. Profitant de dissensions internes de Goguryŏ le roi Seong reprend le bassin inférieur du fleuve Han en 551 avec l’appuie de Silla. Mais en 553, Silla se retourne contre son ancien allié et lui prend les terres nouvellement acquises. Cet évènement rompt soudainement cent vingt années d’alliance entre Baekje et Silla. Un an plus tard, le roi Seong lance une dernière tentative pour récupérer ces territoires. Appuyé par la ligue de Gaya, il attaque les positions de Silla et meurt au combat ainsi que 30 000 de ses soldats lors de la bataille de Gwansan.

Malgré ses efforts pour reconstruire un état puissant, Baekje ne parviendra plus à prendre l’ascendant sur Silla. Enfin, une alliance entre le royaume de Silla et la dynastie chinoise des Tang lui portera le coup final. Baekje disparaît définitivement en 660 alors que Silla annexe ses territoires. Art et commerce

Baekje est un royaume commerçant. La production d’objets en métal était contrôlée par l’état. Le gouvernement central régissait la fabrication des armes ainsi que des outils agricoles et du textile. Selon le Samguk Sagi, la riziculture apparaît dans la région en 33 ap. J.-C. L’état organise le territoire en conséquence : travaux d’irrigation, construction de réservoirs d’eaux. Outre le riz, le royaume commercialise divers légumes et fruits et notamment le chanvre et le mûrier pour l’élevage du ver à soie.

Les rares objets artisanaux qui nous soient parvenus témoignent d’un niveau de qualité exemplaire comme en atteste les fouilles du tombeau du roi Muryŏng (501-523) et la découverte de bijoux d’une extrême finesse. C’est pendant la période Sabi (538-660) que la culture Baekje et la culture bouddhique furent à leur apogée.

Pour prendre pleinement conscience de la qualité et de l’influence de cet artisanat, il faut se tourner vers le Japon avec lequel Baekje entretient des relations de longue date. Tout d’abord, Baekje transmet au IVe siècle les fondements de la culture classique chinoise au Japon. C’est en effet deux illustres personnages de Baekje, Ajikki et Wangin qui apportent pour la première fois l’écriture et les oeuvres classiques chinoises sur l’archipel. Si de nombreux étudiants venaient du Japon pour bénéficier des enseignements de Baekje, c’est principalement la présence à partir du Ve siècle de nombreux immigrés venus de Baekje qui développèrent la culture japonaise. C’est ainsi que la ville de Nara a été construite par des ouvriers-artisans venus de Baekje. Le Japon leur doit encore le Grand Bouddha et le temple de bois d’Hōryū-ji. (Ce temple est par ailleurs devenu en 1993 le premier site japonais reconnu patrimoine mondial de l’humanité). Plus généralement, il est admis que l’art de Baekje est à l’origine de la civilisation japonaise d’Asuka (552-644).

La Corée, du Paléolithique à l’âge de fer

Le Paléolithique

L’archéologie a permis de découvrir les traces d’une occupation continue de la péninsule au début du Paléolithique. Cette période qui désigne l’âge de la pierre taillée, comporte trois principales subdivisions. Le paléolithique inférieur (4,5 millions av. J.C. à 100 000 av. J.C), le paléolithique moyen (100 000 av. J.C à 40 000 av. J.C.) et le paléolithique supérieur (40 000 av. J.C. à 10 000 av. J.C.).

Les plus anciens vestiges de la Préhistoire de la Corée datent d’environ 500 000 ans. On a retrouvé une vingtaine de sites occupés à cette époque comme en témoignent les grottes de Kŏmùn moru à Sangwŏn et Kùm à Tanyang. À cette époque l’homme mène une vie nomade en quête de nourriture. Il vit de pêche, de chasse et de cueillette et utilise des outils en pierre – réalisés par percussion – , en bois ou en os. Au Paléolithique moyen, les outils répondent à une spécialisation accrue des métiers et deviennent à usage unique. En plus de certaines similitudes cultuelles, une récente découverte archéologique permet d’affirmer que la population du Paléolithique supérieur appartient au groupe mongoloïde. La population est organisée selon un ordre clanique, égalitaire et sans classe.

L’art du paléolithique coréen se caractérise par la fabrication de statuettes à tête humaine et d’ animaux comme le cheval, le bœuf, le poisson et l’oiseau. On a retrouvé également des peintures rupestres représentant des animaux sauvages.

Vers 10 000 av. J.-C., les Paléoasiatiques venant de Sibérie commencent à migrer vers le Sud, pénètrent en Corée et assimilent les populations autochtones. Ils sont à l’origine du Néolithique coréen.


Le Néolithique

Le néolithique coréen débute vers 5 000 ans av. J.-C. Les vestiges qui nous sont parvenus sont relativement nombreux et concentrés le long des quatre grands fleuves de la péninsule. Ils se trouvent principalement dans le Nord-est à Seopohang, à l’Est à Osanni, sur les rivages du fleuve Han, et dans le Nord-ouest à Kungsan et Namkyoung. Cette période se caractérise par la sédentarisation progressive de la population et par l’apparition de la céramique. A côté de la pêche, de la cueillette et de la chasse se développent l’agriculture et la domestication d’animaux. La découverte de pollen de riz daté de 1 500 à 2 000 av. J.-C. dans la région de Naju démontre que la riziculture était déjà appliquée. L’agriculture bouleverse l’organisation sociale, les sociétés claniques deviennent tribales et dépassent désormais les liens du sang. L’habitat caractéristique est la maison enfouie à demie sous terre mais l’occupation de cavernes est toujours attestée comme l’indique l’examen du site de Chunchon.

La céramique du néolithique connaît trois périodes majeures reflétant les transitions dans la culture dominante et le déplacement des populations. Les traditions culturelles sont largement comparables à celles des peuples qui s’installèrent en Mongolie, en Mandchourie et sur l’île d’Hokkaïdo à la même époque comme l’atteste le style de leur poterie décorée dite à « motifs peignés », dotées de séries de lignes parallèles sur leur surface. La poterie la plus ancienne a été retrouvée dans le site archéologique d’Ansadong (banlieue de Séoul); elle aurait 4 300 ans. Le décor est fait d’incisions et d’impressions de courtes lignes parallèles recouvrant toute la surface du vase.


L’Age du bronze
L’usage du bronze remonte à 700 ou 600 av. J.-C
. et correspond au début de la production de la poterie sans motif. Ces deux faits marquent en fait l’arrivée d’une nouvelle ethnie dans le Nord de la péninsule, les Yemaek, peuple venu de Mandchourie. Ce sont eux qui apportent la technique du bronze. Bien que leur technique soit de tradition sibérienne, on y perçoit une influence chinoise. Ils s’intègrent à la population locale et sont probablement les ancêtres des coréens actuels.

L’agriculture se modernise grâce à l’utilisation d’outils en bronze. Elle permet à de nouvelles classes d’apparaître comme les artisans, l’aristocratie guerrière et au sommet de cette nouvelle hiérarchie, les premiers chefs politiques, les Kunjang. L’habitat n’a guère évolué depuis le néolithique. Les huttes de forme circulaire à demi enfouies sous terre ont une surface moyenne de 20 m² avec un chauffage par le sol; la toiture est soutenue par des piliers en bois. Les fouilles réalisées près de Hogok dans la région de Kyongsangnam-Do ont révélé qu’un village était constitué d’une dizaine d’habitats soit un peu moins de cinquante personnes. Le site archéologique de Songguk-ri, situé dans la province de Chungchông du Sud a révélé le plus grand site d’ habitation de l’âge de bronze découvert à ce jour en Corée avec 33 demeures. Ce site est la principale source d’information sur le mode de vie d’alors.

De nombreux Dolmens – près de 30 000 – ont été découverts en Corée. Cette tradition mégalithique mortuaire semble avoir été transmise depuis l’Europe à la Corée par un circuit contournant la Chine par le nord puisque qu’elle était inconnue de celle-ci. La poterie de l’âge du bronze est caractérisée par l’absence de motif décoratif et par ses couleurs, brune, rouge ou noir. Elle est transmise à la Corée depuis les bassins des fleuves Yalou et Toumen situés respectivement au nord et au nord-ouest de la péninsule. On a également découvert un certain nombre d’objets cultuels comme des dagues et des clochettes qui témoignent d’une activité religieuse importante apparentée au chamanisme.


L’Age du fer

L’âge de fer coréen peut être divisé en deux périodes distinctes : l’âge de fer ancien (IIIe siècle av. J.C.) et l’âge de fer récent (début de notre ère au IIe siècle ap. J.C.) appelé aussi Proto Trois Royaumes.

C’est la Chine qui introduit les premiers objets en fer dans la péninsule. Le fer se propage le long des rives de la Toumen. Pour la première fois, la Corée est mentionnée dans l’histoire. Une chronique chinoise mentionne le pays de Chaoxian situé dans la Mandchourie du sud, Joseon en Coréen soit Le matin frais, qui avec une erreur de traduction a donné Le matin calme.

D’abord importé de la Chine, le fer sera par la suite produit en quantité importante dans l’ensemble des régions de la péninsule. C’est au cours de cette période que de puissants clans se forment. L’usage du fer n’est pas exclusivement réservé aux forces militaires et permet à l’agriculture de se développer.
Le sud de la péninsule développe d’importants échanges avec le Japon qui découvre à son tour le fer.

La poterie en grès, dite poterie grise est introduite en même temps que les premiers objets en fer. Son usage se développe alors que la production agricole est révolutionnée par l’usage d’outils en fer performants. Elle symbolise l’avènement de la sédentarisation de la population coréenne.

Ballade sur le site de Bokcheon

Dans le district de Dongnae, dans le nord de Busan existe un musée national retraçant l’histoire de la cité-état Geumhwan Gaya, membre de la confédération de Gaya (Ier-VIe siècle ap. J.C). Je vous invite à découvrir le musée de Bokcheon et à poursuivre votre visite sur les pentes de la montagne Mahan-san;

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Sur place plusieurs choses à voir, d’abord avant de vous rendre au musée à proprement dit, faites une petite ballade sur le Tumuli (site historique No. 273) situé en contre-bas. C’est le site originel qui accueillait les objets ensevelis ensuite transférés au musée. Il fut le lieu de sépulture de la classe gouvernante locale. Les fouilles archéologiques commencées en 1969 ont mis à jour des dizaines de sépultures et près de 10 000 objets. Au centre du tumuli, un espace a été aménagé sous un dome dans lequel on découvre deux exemples de sépulture. Les tombes #53 et #54 découvertes intactes datent du Ve siècle ap. J.C.

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Après la découverte du site archéologique, direction le musée. Son architecture extérieure est très sévère mais l’intérieur est heureusement beaucoup plus accueillant. Des brochures et dépliants en anglais sont disponibles à l’entrée. Les espaces d’exposition, modernes et agréables, sont situés aux niveaux 2 et 3. On y présente les objets découverts dans les 191 tombeaux mis à jour par les archéologues : couronnes en bronze, casques et armures de soldats en metal, bijoux, cloche de rituel et d’innombrables poteries. Autant d’informations intéressantes qui nous éclairent sur la culture et les rites encore très méconnus de Gaya, cette petite confédération coincée entre les 3 puissants royaumes de la péninsules.

cité-état Geumhwan Gaya (43-532 ap. J.C.)

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Poterie excentrique

Certains objets découverts dans les tombeaux  de Bokcheon-dong se distinguent par l’originalité de leur design.  Le plus souvent dédiés aux rites funéraires ils n’ont aucune fonction propre – si ce n’est accompagner l’esprit du défunt au royaume des morts – et peuvent ainsi s’affranchir … beaucoup en forme d’animal et notamment le canard mais l’objet qui a retenu mon attention est cette paire de sandales en terre cuite qui devait probablement aider l’esprit du défunt à gagner le paradis.

Ne partez pas si vite, la visite n’est pas encore terminée !

S’il vous reste du temps, prenez à droite en sortant du musée et dirigez vous vers les remparts. Vous tomberez sur un charmant petit temple entouré d’une végétation très dense qui lui confère tout son charme.

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Plus haut se trouve un jardin dédié à la mémoire d’un des plus grands scientifiques de la période Joeson, Jang Yeong-Sil. Vous pourrez découvrir une vingtaine d’instruments astronomiques qu’il a inventé pour étudier les astres dont son célèbre cadran solaire.

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Au bout du jardin une série de marches permet d’accéder à un joli pavillon qui ressemble à s’y méprendre à un temple. Ouvert au public depuis 2007, le Dongnae Eup-Seong History Hall propose de découvrir l’histoire de l’ancienne ville fortifiée de Dongnae en proposant photos, vidéos, textes et une superbe maquette de la ville fortifiée.

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Et enfin la visite sera complète après avoir longé les remparts de Dongnae.
En arrivant tout en haut des marches vous découvrirez sur votre droite une stelle de 4 mètres de haut surmontée de 2 dragons (Busan monument No. 16). Elle est érigée en mémoire de Jeong Eonseop, magistrat de Dongnae qui fit reconstruire la muraille en 1731, après sa destruction lors des invasions japonaises de 1592-1598.

Face à vous, la muraille Dongnae Eupseon Sit (Busan monument No. 5) serpente en suivant le relief. C’est l’occasion d’une jolie ballade en suivant de petits sentiers arborés. A l’approche de la grande porte fortifiée, un panneau explicatif nous donne quelques infos au sujet de la muraille : bien que sa présence remonte très probablement à l’époque des confédérations de Gaya (Ier-VIe siècle), il en est fait pour la première fois mention dans les anales en 1021 à l’occasion de sa restauration. Sa reconstruction en 1731 porte sa longueur à 4 km pour 5 mètres de haut.
A noter qu’une reconstitution historique de la bataille de Dongnae contre les japonais a lieu la seconde semaine d’octobre.

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Infos pratiques :
Ouverture : 09:00 ~ 18:00
Tarif : Gratuit
Fermeture : Lundi, 1er janvier et vacances
Adresse : #1-2 Bokcheon-dong, Dongnae-Gu, Busan
Tel. +82.51.550.4488

Le Royaume de GoJoseon

2333 av. J.-C. – 108 av. J.-C.

Le mythe fondateur

D’après une légende ancienne, issue des croyances animistes, Hwanung (환웅) fils du Dieu ciel s’ennuyait au paradis. Son père l’envoya sur terre fonder un nouveau pays depuis les monts Taebaek, situés à la frontière de la Mandchourie et de la Corée du Nord. Il appela ce lieu Shinshi, la ville de Dieu. Avec ses ministres du brouillard, de la pluie et du vent, il institua des lois et un code moral et apprit aux humains différentes sciences comme la médecine.

En ce temps là, une tigresse et une ourse vinrent prier Hwanung de leur donner forme humaine. Il leur donna des instructions à suivre mais seule l’ourse les respecta jusqu’au bout et devint une femme. Elle pria alors chaque jour pour avoir un fils; Hwanung entendit son vœu et l’épousa. Elle eut un fils qui fut appelé Tangun (단군), le prince du Santal. Il devint un chef sage et puissant. Il fonde Gojoson, le premier royaume coréen à P’yongyang en 2 333 ans av. J.-C. Finalement, à l’âge de 1908 ans, il retourna aux monts Taebaek et devint un Dieu montagne.

Ce récit est relaté par Kim Pu-Sik dans le Sam Guk Sagi, les annales des Trois Royaumes, la plus ancienne et importante source historique coréenne (XIIe siècle). Après l’unification de Silla, la légende de Tangun devint très populaire et aujourd’hui encore, cette figure demeure dans les esprits comme l’emblème fondateur de la spiritualité coréenne.

 

Gojoseon 고조선

Si Gojoseon (également orthographié Ko-Chosôn) est bien considéré comme le premier Etat coréen, il n’apparaît pas en -2 333 ans av. J.C. comme l’indique la légende mais au IVe siècle av. J.C. dans une zone à cheval entre la Mandchourie et le nord de la péninsule. Il a pour centre le bassin de Taedong. Sa culture est influencée par les Yemaek et dans une moindre mesure par les chinois. L’utilisation du cheval pour faire la guerre et la maîtrise du bronze assurèrent à la Corée ancienne la suprématie et lui permit de s’étendre dans deux directions : d’une part vers la Mandchourie et d’autre part vers le sud de la péninsule coréenne.

La Chine – qui est menacée par le peuple nomade Xiong Nu – décide l’édification de vastes fortifications tout le long de sa frontière nord. L’extension de son territoire étant désormais limité dans cette direction, elle décide d’avancer vers l’est. L’état chinois de Yan parvient a fixer sa frontière est le long du fleuve Yalu et entretient des rapports avec Gojoseon. L’unification de la Chine est achevée en -221. Cette date met fin à la période dite des Royaumes combattants (475 à 221 av.J.C.). L’état de Yan qui s’est retournée contre la nouvelle autorité est en déroute. Le démantèlement de l’état de Yan entraine un flux migratoire important vers la Corée. Le général chinois Wei Man (Wiman en coréen) trouve refuge auprès du roi Chun de Corée. Ce dernier lui accorde le commandement d’une armée stationnée sur les berges du Yalu. Wei Man s’empare du trône de Gojoseon par la force en 190 av. J.C. Il fonde une nouvelle capitale à Wanggôm à proximité de l’actuelle Pyongyang et le royaume de Gojoseon devient officiellement l’état de Wiman.

L’état prospère grâce aux liens commerciaux établis entre les régions du sud et la Chine. Le développement de Wiman inquiète son puissant voisin chinois. Le désir de commercer directement avec les tribus situées dans la partie sud de la péninsule et les mauvaises relations entretenues avec le roi Ugo, petit-fils de Wei man, poussent la Chine a envahir Wiman. L’empereur chinois Wudi lance en -109 deux armées avec près de 70 000 soldats à la conquête de la capitale. L’état de Wiman résiste aux assauts mais la stabilité du pouvoir facille. Un an plus tard des ministres corrompus, pour certains chinois, tuèrent le roi Ugo. L’autorité chinoise s’empare en -108 av J-C. du nord de la Corée et fait tomber l’Etat de Wiman, par la prise de Wanggŏm, autrefois capitale prospère du royaume coréen. Pour assurer sa domination sur l’ensemble de la péninsule, la Chine installe quatre commanderies : Jinbeon, Imdun, Hyeondo et Nangnang. Cette décision va profondément marquer le développement de la Corée.

 

Les commanderies chinoises

Les territoires furent divisés en quatre commanderies, sortes de commandements militaires, chargées de percevoir le tribut, d’arrêter les incursions barbares et protéger les commerçants chinois. Mais la pression des tribus coréennes qui toléraient mal la présence étrangère sur leur sol fit que trois des quatre commanderies connurent une existence éphémère, soit une trentaine d’années (Jinbeon, Imdun et Hyeondo). Il ne restait plus dans la péninsule que la commanderie de Nangnang (également orthographié Lo-lang ou Lelang), mais cette dernière allait assurer la présence chinoise pendant quatre siècles (de -108 à 313).

Nangnang implantée auprès du royaume de Goguryo – qui plus tard la supplantera – , était le centre de la présence chinoise dans la péninsule. C’est là que s’établissait la politique coloniale de la Chine en Corée. Grâce à la présence de la commanderie, la culture supérieure de la dynastie Han put se propager dans la péninsule : articles en fer et bronze, armes, pièces pour chars, système funéraire… Si la culture et les institutions sociales eurent peu d’impact sur la population coréenne, les techniques, par contre, surtout celles du travail du métal se répandirent dans toute la péninsule. C’est Nangnang qui introduisit en Corée l’architecture à la chinoise et les rues pavées.