La pierre tombale
Auteur Oh Jung-Hi
Editeur Philippe Picquier
Année publication 2004
Format 102 pages
Langue français
Genre Roman
La pierre tombale, c’est le nom donné à une place du petit port de Haeryông, au nord de la Corée. Hyôndo, fils de propriétaire de bateaux, apprécie ce lieu car du haut de cette stèle il peut observer le monde aux alentours : l’immigré chinois que tout le monde pointe du doigt, l’oncle toxicomane, les violences de la police japonaise puis après la victoire des rouges sur l’occupant, la garnison russe en faction. Le petit monde de Hyôngdo s’ébranle suite à la disparition du grand-père et la montée du communisme. Sa famille est pointée du doigt pour sa relative opulence. Elle va devoir faire un choix pénible : rester au risque d’être condamné par la population au nom d’une idéologie nouvelle ou bien partir au Sud et perdre ses racines, ses souvenirs, son honneur.
Extrait
« Hyöndo se hissa sur le poirier. Le vieil arbre ne donnait plus de fruits, mais son feuillage était suffisamment abondant pour dissimuler son corps menu. Perché sur une des deux branches maîtresses, Hyôndo observa les rayons dorés du soleil couchant qui filtraient entre les feuilles. Il regarda la vieille maison, le toit de tuiles délabré et la mer envahissait l’obscurité. Il se mit sur le ventre une joue contre la branche. L’écorce rugueuse était imprégnée de l’odeur salée qu’y avait déposée le vent de mer. Il y passa le coup de langue et le goût du sel lui apporta un apaisement inattendu. Alors qu’il cherchait un endroit où il pouvait se caler un peu plus confortablement, Hyôndo écarquilla les yeux. Il y avait vu une énorme cigale noire collée à une branche juste au-dessus de lui. Il tendit lentement la main. L’insecte, tombé dans un profond repos vespéral, se laissa attraper sans résistance. Hyôndo le saisit fermement dans sa main et lui gratta le ventre. Soudain, la cigale lança un son aigu et haut perché en faisant vibrer son ventre ridé. Les rayons du soleil formaient comme autant de mailles d’un filet en se glissant entre les feuilles tremblantes, wahaha wahaha. La cigale continuait à pleurer sans répit au rythme des mouvements du doigt. Hyôndo sentit le grand arbre et son propre corps qui vibraient en résonance, comme vidés de leurs entrailles.»