Notre héros défiguré
Auteur Yi Munyol
Editeur Actes Sud
Année publication 1990
Format 118 pages
Langue français
Genre Roman
Un homme se remémore son passé d’écolier, plus précisément son arrivée dans une école de province à l’âge de douze ans. Ses premiers contacts avec son professeur et ses nouveaux camarades le déstabilisent. Alors qu’à son école de Séoul l’ordre et la justice semblaient aller de paire, le petit Han Pyong-Tae constate avec étonnement que dans sa classe, le pouvoir n’est pas partagé entre tous mais exercé par le seul chef de classe, un certain Om Sokdae. Alors qu’il tente de résister à cette autorité tellement injuste et écrasante, Han Pyong-Tae se trouve rejeté par les autres. Il devra alors choisir son camp…
Commentaire
Avec ce court roman publié en 1987, Yi Munyol nous entraîne dans une histoire apparemment simple et sans envergure. Pourtant en choisissant de placer son intrigue dans un espace simple et clos, la petite école provinciale, il parvient à disséquer, un par un, avec une infinie précision, les rouages de la terreur. Yi Munyol traite ici de la dictature sous un angle différent des poncifs du genre qui en cette période de fin de dictature prolifèrent (rappelons que la dictature ne disparaît de la Corée du Sud qu’en juin 1987). Cette étude se construit autour du jeune écolier avec lequel le lecteur qui s’identifie immédiatement. Lui qui rejette d’abord la domination par les poings de Om Sokdae ne pourra résister que l’espace d’un semestre avant de rejoindre ce système qui favorise les plus forts. Las de résister sans même pouvoir joindre à sa cause d’autres élèves, il profitera sans trop se rendre compte des avantages qui lui seront consentis. Le système volera en éclat par l’arrivée d’un nouveau professeur…
Extrait
L’ancien Sokdae semblait de la même taille que le maître. En fait, vus séparément, on aurait même pu croire que Sokdae était plus grand. Mais ce jour-là, sa silhouette agenouillée se rétrécit soudain. Notre chef de classe d’hier, grand et fort, avait disparu sans laisser de trace, laissant la place à un garçon comme nous tous, qui recevait une raclée indécente. Au contraire, notre maître m’apparut comme deux fois plus grand et deux fois plus large. Et il restait là, nous regardant d’en haut, avec l’air d’un géant omniscient. Je ne peux que le supposer, mais j’imagine que tous les élèves ressentaient la même chose, et d’après ce que je sais, il me semble que c’était précisément ce que le maître avait en tête depuis le début.