L'après-guerre et le miracle coréen
L'après-guerre et la première République
Au sortir de la guerre, le pays est dévasté. L’aide financière américaine, mal utilisée ne parvient pas à redresser l’économie du pays. La pénurie de biens de consommation, l’inflation galopante et le chômage plombent le moral du pays. Le parti libéral dirigé par l’autoritaire Yi Sûng-Man se maintient malgré tout au pouvoir en multipliant les pots de vins et autres malversations financières. Au lendemain de sa réélection à la tête de l’état en mars 1960 avec 87% de voix, les étudiants exaspérés manifestent dans les rues de Séoul et appellent à un retour à la démocratie. La répression est violente et de nombreux étudiants sont tués. Les professeurs d’universités, éminemment respectés dans un pays de tradition confucianiste, se joignent à eux. Yi Sûng-Man poussé vers la sortie démissionne le 26 avril. C’est la fin de la première République.
La deuxième République 1960-1962
La constitution est modifiée le 15 juin 1960 dans le but de garantir la démocratie par un plus large partage du pouvoir. Dans les faits, cela s’exprime par la mise en place d’un gouvernement avec deux assemblées et un cabinet. De nouvelles élections présidentielles sont organisées et Yun Po-Sun, représentant le parti démocrate, accède au pouvoir. Rapidement pourtant de fortes dissensions éclatent au sein du parti. Alors que certains membres restent fidèles au président, d’autres sont en faveur de la nouvelle garde représentée par le premier ministre Chang Myông. A cette division s’ajoute une certaine incompétence dans l’exercice du pouvoir. Les remous à l’intérieur de la société s’intensifient sous l’impulsion des étudiants qui profitent de la faiblesse des autorités dirigeantes. Comble d’humiliation, la dictature du Nord propose de réunir les deux Corées sous l’ancien nom de
Koryô avec à sa tête Kim Il-Sông. Après de longs mois de préparation, le général Park Chung-Hee renverse le pouvoir lors d'un coup d'état le 16 mai 1961. Tandis que Chang tente de résister, le président Jun appel au calme pour éviter un bain de sang. Le 19 mai, le général Park est nommé chef du « Conseil suprême pour la reconstruction nationale ». Son bras droit et neveu par alliance, le Colonel Kim Jong-pil fonde le 13 juin la
Korea Central Intelligence Agency (KCIA) pour prévenir tout contre coup. Toute critique à l'égard du gouvernement est sévèrement punie et de nombreux opposants sont torturés. L'agence, véritable garde-fou de la politique du Général Park, ne s'autorise aucune limite. Par la suite elle intervient à tous les niveaux, tant sur le plan international et la lutte contre le communisme que sur la promotion du tourisme et des Arts en passant par l'extorsion et la manipulation frauduleuse de fonds financiers.
La troisième République 1962-1972
Pour faciliter la transition la nouvelle autorité militaire choisit de laisser le Président Yun à son poste pour un temps encore. Il démissionnera dix mois plus tard, le 22 mars 1962. Le Général Park qui suit les recommandations insistantes de l'administration Kennedy pour la restauration rapide d'un gouvernement civil fait adopter une nouvelle constitution en décembre. Ainsi s'ouvre le début de la deuxième République. En octobre 63, Park Chung-Hee est élu d'une courte tête à la présidence du pays devant Yun. A son arrivée au pouvoir, la situation économique du pays est catastrophique. Il entame alors avec l'appuie financier des USA une série de mesures drastiques pour reconstruire le pays. Il décide des grandes orientations économiques du pays et axe sa politique de reconstruction sur l'industrialisation et l'exportation. Un fond d'aide au développement des
Chaebols, symboles de la réussite économique de du pays, est entériné. Le pays se développe et la pauvreté disparait peu à peu.
Sur le plan international, Park Chung-Hee prend de grandes décisions. Près de 300 000 soldats coréens participent à la guerre du Vietnam aux côtés des USA. Cet engagement est désavoué par le peuple mais il contribuera pourtant au développement économique du pays. Le gouvernement américain ayant en effet décidé d'utiliser du matériel militaire fabriqué en Corée du Sud. Là encore cette décision est impopulaire mais elle permet au pays de capter les investissements des sociétés japonaises. Enfin Park Chung-Hee est à l'initiative de la reprise du dialogue intercoréen.
La spectaculaire réussite économique du pays se fait au détriment des conditions de travail proprement inhumaines. Les ouvriers travaillent jusqu'à quinze heures par jour. Ce drame collectif, Ch’ôn T’ae-il, ouvrier en textile l’exprime en s’immolant le 13 novembre 1970. Il devient alors le symbole de l’exploitation des masses travailleuses.
La quatrième République 1972-1980
En réponse aux mutations du pays et aux menaces extérieures, le président Park soumet de nouveaux amendements constitutionnels à l'approbation du peuple en octobre 1972 sous la forme d'un référendum. Une nouvelle constitution est promulguée au mois de décembre de la même année. La IVe République est placée sous le signe de la rénovation
Yushin, terme japonais utilisé à l'occasion de la restauration de l’ordre impérial en 1868 (ère Meiji). L’analogie avec le Japon est une volonté assumée du président coréen qui ose s'inspirer du modèle économique de son ancien colonisateur.
Le développement économique du pays se poursuit et la Corée surmonte avec succès les crises pétrolières successives. La mise en place du
SaemaCul Undong (nouveau mouvement pour la communauté) participe à l'augmentation du niveau de vie et récompense une population dévouée au travail. L'ouverture vers l'extérieur se poursuit et l'industrie coréenne développe de nouveaux marchés. Le président Park appel de ses vœux une hypothétique réunification avec son voisin du nord et créé une « conférence nationale pour l’unification » qui désigne une assemblée nationale et un président, poste qu'il s'attribut de facto. Cette conférence n'a aucune légitimité et n'aura aucune incidence concrète.
Mais le président continu d’exercer une autocratie qui ne tolère aucune divergence d’opinion en cela renforcé par la Constitution
Yushin qui l'autorise à conserver le pouvoir sans limite de temps par des procédures électorales contrôlées qui lui assurent la majorité législative. La population accepte de moins en moins les mesures répressives du gouvernement et que la justice bafoue les droits de l’homme. Les intellectuels et étudiants souffrent d’une situation qui lui laisse peu d’espace d’expression et de liberté.
Lors d’une allocution le jour de la fête nationale coréenne le 15 août 1974, un attentat dirigé contre le président échoue mais sa femme est mortellement touchée par les coups de feu. La thèse officielle dénonce la Corée du nord sans plus d’ambages. Le 27 octobre de la même année, lors d’une soirée privée bien arrosée, Park est abattu à bout portant par le chef de la CIA coréenne, Kim Jae-Gyu. Il sera exécuté sans que le véritable motif de cet acte soit clairement élucidé. Le premier ministre Choi Kyu-ha devient président par intérim et validé à ce poste par la conférence nationale pour l’unification. Dès son arrivée, il abroge un certain nombre de décret et assouplie le régime politique. Kim Dae-Jung, symbole de la lutte pour la démocratie est amnistié. L’instauration de démocratie n’en est qu’a ses prémices que déjàà peine Cette première bouffée d’oxygène sera de courte de durée.
Prochainement :
La cinquième et sixième République ...