La Corée sous domination
Annexion de la Corée par le Japon
La Russie et le Japon entrent en conflit autour de la question coréenne dès 1894. L'année suivante, le Japon obtient des territoires dans la péninsule mais est forcé d'y renoncer devant la levée de boucliers des puissances occidentales. L'empereur japonais engage alors son pays dans une phase de militarisation rapide afin de permettre sa politique d'expansionnisme territorial. Dix ans plus tard, le Japon attaque par surprise l'escadre navale russe de Port-Arthur le 8 février 1904. Les combats acharnés font de lourdes pertes des deux côtés. La Russie s'inclinera finalement peu après sa défaite lors de la bataille de Tsushima (mai 1905). L'histoire retiendra de ce conflit la première défaite d'une puissance européenne face à une puissance asiatique.
Le 9 septembre 1905, le traité de paix entre la Russie et le Japon stipule à la Russie l'abandon de la Mandchourie du Sud et confère au vainqueur l'appropriation d'une partie des îles Sakhaline situées au nord de l'archipel et surtout reconnait internationalement la position dominante en Corée du point de vue militaire, politique et économique du Japon. Aucune des grandes puissances n’avait fait le moindre geste en faveur de la Corée. Le 17 novembre 1905 le Japon exige et force la Corée à signer le traité de protectorat. Le roi Kojong est peu après déposé par le japonais qui place sur le trône le prince héritier qui «régna» sous le nom de Sunjong. Ce fut le 27e et dernier roi de Corée. On lui fit épouser une princesse japonaise.
La Corée tentera en vain de s'opposer aux décisions du traité qui concerne son annexion. Les protestations à la conférence internationale de La Haye en 1907 ne reçurent aucun écho. Le traité d’annexion signé le 28 août 1910, le
nikkan heigô, et conforme au droit international de l'époque fait de la Corée une partie intégrante de l’Empire japonais. Une semaine plus tard, le roi Sunjong renonce à son trône. Le royaume de Corée avait fini d’exister et pendant trente-cinq ans la population va être saignée à blanc. Cette occupation va stigmatiser la haine et le mépris entre les deux peuples qui remontent à la nuit des temps comme nous l’indiquent les premiers documents historiques japonais, les «
Chroniques des choses du passé» (Kojiki, 712) et les «
Chroniques du Japon» (Nihon shoki, 720).
L’exploitation de la Corée
Dès 1905, Megata remplaça les pièces de monnaie coréennes par de nouvelles pièces émises par la banque japonaise.
En 1908, les Japonais fondèrent la
Tōyō Takushoku Kabushiki Kaisha (Compagnie Orientale de Développement) qui avait pour but de donner des terres aux japonais et de s’approprier les terres royales. La même année, toutes les terres royales furent confisquées.
Le but de ces opérations était d’ôter au roi les moyens financiers qu’il aurait pu utiliser pour contrer le Japon. En mai 1910, les Japonais nommèrent au poste de Résident soit chef suprême de l’Etat, le général Terauchi Masakate et des fonctionnaires japonais furent placés à tous les postes clés. Leur mission était de procéder à l’annexion de la Corée. Dès son arrivée, il interdit la parution de la presse coréenne pour garder la population dans l’ignorance.
En 1911, toutes les forêts coréennes passèrent sous le contrôle du Gouvernement général et un déboisement sauvage commença. Il faudra au gouvernement sud-coréen plusieurs décades d’efforts acharnés pour reboiser le pays.
En 1912, les Japonais mirent aussi la main sur les pêcheries et 120 000 pêcheurs japonais prirent la place des 200 000 pêcheurs coréens. En 1931, l’exploitation et les expropriations japonaises avaient dépossédé de leurs terres un nombre important de paysans. Ces expropriations, la modernisation de l'agriculture et la détérioration des conditions de vie provoquèrent un exode rural massif. Des centaines de milliers de paysans coréens chassés de leurs terres partirent vers les grandes villes de la péninsule, en Mandchourie et même au Japon.
D'autres furent tout simplement déportés au Japon et réduits au travail forcé ou enrôlés de force dans l'armée nippone au moment de la guerre sino-japonaise de 1937 à 1945. Des coréennes ont été prostituées par l'armée japonaise, fait historique qui n'a toujours pas été reconnu par le Japon.
Pour servir ses objectifs militaires et expansionnistes, le Japon réorienta toute l’industrie coréenne. On passa de l’industrie légère et agro-alimentaire à l’industrie lourde : machines, produits chimiques, métaux... En 1939, ces industries nouvelles représentaient plus de la moitié de l’industrie coréenne.
La résistance face à l'occupant
Les premières années d'occupation sont marquées par l'assassinat en 1908 à San Francisco de Stevens, conseiller américain du gouvernement japonais qui était très en faveur du protectorat japonais sur la Corée, puis l'année suivante par l’assassinat de Hirobumi Itô, le premier résident général nommé en 1906. La résistance coréenne est fermement combattue par l'occupant. En 1910, on dénombre près de 20 000 coréens morts pour la libération du pays. De la cruauté de l'occupant, qui réprime dans le sang toute manifestation antijaponaise, va naître une conscience nationale aigüe.
Le 3 mars 1919, devaient avoir lieu les obsèques du roi déposé Kojong. La rumeur publique disait qu’il avait été empoisonné. De toutes les régions du pays, les gens venaient à Séoul pour rendre un dernier hommage à leur souverain. Les patriotes décidèrent que ce concours de foule servait leurs plans et décidèrent d’organiser une manifestation pour le 1er mars. Ce jour-là, trente-trois représentants du peuple coréen représentant toutes les tendances, avec à leur tête Son Pyông-hûi (religion de
la Voie du Ciel), Yi Sûng-hun (chrétien), et le grand poète Han Yong-un (bouddhisme) se réunirent et déclarèrent solennellement l’indépendance de la Corée. En même temps, les étudiants se réunissaient au
Parc de la Pagode à Séoul pour entendre la proclamation de l’indépendance, puis ils défilèrent dans les rues de la capitale en scandant
DaeHan Doklip Manse (
Vive l’indépendance!). Ce défilé pacifique pour l'indépendance fut mâté dans le sang par les autorités japonaises. Un élan patriotique gagna l'ensemble de la population et des foyers de résistance se formèrent sur l'ensemble du territoire. Les autorités nippones furent prises de court par l’intensité de ce mouvement auquel participèrent plus de deux millions de coréens et qui donna lieu à plus de 1 500 rassemblements dans le pays. Le symbole de cette résistance pacifique du peuple coréen à l’oppression étrangère est Yu Kwan-sun, étudiante de seize ans, morte sous la torture en prison.
La politique de répression japonaise se relâcha dans le but de laisser plus de liberté aux coréens dans le domaine culturel afin de faire passer les problèmes politiques au second plan. Cependant, la traque des leaders politiques coréens se poursuit intensivement à l'intérieur du pays. Sans cesse traqués, les résistants décident de mener leur lutte depuis l'étranger. Le 17 mars 1919, un gouvernement provisoire est créé dans la concession française de Shanghai, en Chine, avec a sa tête Syg-man Rhee. Des milices armées, le plus souvent contrôlée par les communistes, s'organisent en Mandchourie et lancent des raids contre l'occupant.
Alors que le Japon entre en guerre contre la Chine en 1937, la politique d'assimilation du peuple coréen s'intensifia. La pratique de la langue coréenne fut rendue interdite et l'apprentissage du japonais encouragé. Des centaines de milliers de coréens furent enrôlés de force dans l'armée impériale nippone et obligés de se battre à leur côté jusqu'à la fin de la guerre du pacifique...