Le Royaume de GoJoseon

2333 av. J.-C. – 108 av. J.-C.

Le mythe fondateur

D’après une légende ancienne, issue des croyances animistes, Hwanung (환웅) fils du Dieu ciel s’ennuyait au paradis. Son père l’envoya sur terre fonder un nouveau pays depuis les monts Taebaek, situés à la frontière de la Mandchourie et de la Corée du Nord. Il appela ce lieu Shinshi, la ville de Dieu. Avec ses ministres du brouillard, de la pluie et du vent, il institua des lois et un code moral et apprit aux humains différentes sciences comme la médecine.

En ce temps là, une tigresse et une ourse vinrent prier Hwanung de leur donner forme humaine. Il leur donna des instructions à suivre mais seule l’ourse les respecta jusqu’au bout et devint une femme. Elle pria alors chaque jour pour avoir un fils; Hwanung entendit son vœu et l’épousa. Elle eut un fils qui fut appelé Tangun (단군), le prince du Santal. Il devint un chef sage et puissant. Il fonde Gojoson, le premier royaume coréen à P’yongyang en 2 333 ans av. J.-C. Finalement, à l’âge de 1908 ans, il retourna aux monts Taebaek et devint un Dieu montagne.

Ce récit est relaté par Kim Pu-Sik dans le Sam Guk Sagi, les annales des Trois Royaumes, la plus ancienne et importante source historique coréenne (XIIe siècle). Après l’unification de Silla, la légende de Tangun devint très populaire et aujourd’hui encore, cette figure demeure dans les esprits comme l’emblème fondateur de la spiritualité coréenne.

 

Gojoseon 고조선

Si Gojoseon (également orthographié Ko-Chosôn) est bien considéré comme le premier Etat coréen, il n’apparaît pas en -2 333 ans av. J.C. comme l’indique la légende mais au IVe siècle av. J.C. dans une zone à cheval entre la Mandchourie et le nord de la péninsule. Il a pour centre le bassin de Taedong. Sa culture est influencée par les Yemaek et dans une moindre mesure par les chinois. L’utilisation du cheval pour faire la guerre et la maîtrise du bronze assurèrent à la Corée ancienne la suprématie et lui permit de s’étendre dans deux directions : d’une part vers la Mandchourie et d’autre part vers le sud de la péninsule coréenne.

La Chine – qui est menacée par le peuple nomade Xiong Nu – décide l’édification de vastes fortifications tout le long de sa frontière nord. L’extension de son territoire étant désormais limité dans cette direction, elle décide d’avancer vers l’est. L’état chinois de Yan parvient a fixer sa frontière est le long du fleuve Yalu et entretient des rapports avec Gojoseon. L’unification de la Chine est achevée en -221. Cette date met fin à la période dite des Royaumes combattants (475 à 221 av.J.C.). L’état de Yan qui s’est retournée contre la nouvelle autorité est en déroute. Le démantèlement de l’état de Yan entraine un flux migratoire important vers la Corée. Le général chinois Wei Man (Wiman en coréen) trouve refuge auprès du roi Chun de Corée. Ce dernier lui accorde le commandement d’une armée stationnée sur les berges du Yalu. Wei Man s’empare du trône de Gojoseon par la force en 190 av. J.C. Il fonde une nouvelle capitale à Wanggôm à proximité de l’actuelle Pyongyang et le royaume de Gojoseon devient officiellement l’état de Wiman.

L’état prospère grâce aux liens commerciaux établis entre les régions du sud et la Chine. Le développement de Wiman inquiète son puissant voisin chinois. Le désir de commercer directement avec les tribus situées dans la partie sud de la péninsule et les mauvaises relations entretenues avec le roi Ugo, petit-fils de Wei man, poussent la Chine a envahir Wiman. L’empereur chinois Wudi lance en -109 deux armées avec près de 70 000 soldats à la conquête de la capitale. L’état de Wiman résiste aux assauts mais la stabilité du pouvoir facille. Un an plus tard des ministres corrompus, pour certains chinois, tuèrent le roi Ugo. L’autorité chinoise s’empare en -108 av J-C. du nord de la Corée et fait tomber l’Etat de Wiman, par la prise de Wanggŏm, autrefois capitale prospère du royaume coréen. Pour assurer sa domination sur l’ensemble de la péninsule, la Chine installe quatre commanderies : Jinbeon, Imdun, Hyeondo et Nangnang. Cette décision va profondément marquer le développement de la Corée.

 

Les commanderies chinoises

Les territoires furent divisés en quatre commanderies, sortes de commandements militaires, chargées de percevoir le tribut, d’arrêter les incursions barbares et protéger les commerçants chinois. Mais la pression des tribus coréennes qui toléraient mal la présence étrangère sur leur sol fit que trois des quatre commanderies connurent une existence éphémère, soit une trentaine d’années (Jinbeon, Imdun et Hyeondo). Il ne restait plus dans la péninsule que la commanderie de Nangnang (également orthographié Lo-lang ou Lelang), mais cette dernière allait assurer la présence chinoise pendant quatre siècles (de -108 à 313).

Nangnang implantée auprès du royaume de Goguryo – qui plus tard la supplantera – , était le centre de la présence chinoise dans la péninsule. C’est là que s’établissait la politique coloniale de la Chine en Corée. Grâce à la présence de la commanderie, la culture supérieure de la dynastie Han put se propager dans la péninsule : articles en fer et bronze, armes, pièces pour chars, système funéraire… Si la culture et les institutions sociales eurent peu d’impact sur la population coréenne, les techniques, par contre, surtout celles du travail du métal se répandirent dans toute la péninsule. C’est Nangnang qui introduisit en Corée l’architecture à la chinoise et les rues pavées.