Les Religions des trois Royaumes

Le Bouddhisme
Goguryeo fut le premier des Trois Royaumes à adopter le bouddhisme en 372, introduit par le moine Sundo des Qin (Ts’in). Il apporte des images de bouddha, des livres sacrés et des bonzes. Trois ans plus tard le temple Chomun-sa est construit. En 387, le bouddhisme pénètre par Goguryeo dans Baekje par le biais du moine Malananda. Silla ne l’adopte qu’en 535, presque deux cents ans après Goguryeo et Baekje. A l’époque des Trois Royaumes, le bouddhisme se vit confier très rapidement le rôle de protecteur de la nation; il contribua également à répandre l’usage de l’écriture, ce qui constitua un élément supplémentaire d’unité nationale et donc a rapprocher les royaumes les uns des autres. C’est à cette période que remonte les premiers écrits en Corée.
Le Confucianisme

Le Confucianisme, fondé au VIe siècle av. J.-C. par Confucius, est introduit au début de l’ère chrétienne bien qu’aucune date précise ne puisse être donnée. A Goguryeo, l’université d’Etat Taehak-Gam est créée en 372 tandis que des académies privées (appelées Kyongdang) apparaissent en province. On y inculque à la jeunesse aristocratique les classiques du confucianisme, la littérature chinoise, la médecine et les arts martiaux (le Subak). Le peuple coréen a été séduit par le confucianisme, religion plus noble, plus riche et structurée que leur animisme primitif. Il permis aux classes dirigeantes d’améliorer la morale populaire et par là le respect du pouvoir.

 

Croyances et Chamanisme

Avant le bouddhisme et le confucianisme existait en Corée une religion où plutôt une croyance populaire diffuse apparentée au chamanisme. Selon cette croyance, l’univers est rempli d’esprits. Tous ces esprits sont sous la dépendance d’un esprit créateur du monde nommé Haneunim, le seigneur Céleste. Seuls les principaux esprits se distingues des autres par un nom ou un rang.

En accord avec cette idée, les Trois Royaumes enterraient leurs morts avec des plumes d’oiseau pour qu’ils puissent s’envoler vers le paradis. La représentation d’animaux totémiques (ours, tigre comme le rappel la légende de Tangun) était courante.

Chaque village avait ses esprits protecteurs. Ceux-ci sont généralement deux poteaux de bois ou de pierre dont l’extrémité supérieure a été sculptée en forme de visage grimaçant. Ils sont censés protéger les voyageurs et repousser les maladies et autres mauvais esprits. Les maisons elles-mêmes ont leurs esprits bienfaiteurs. On peut cité le plus important, Syang Iyang Sin – maîtresse poutre du toit – dont dépend le bonheur de la maison. Il se présente sous la forme d’un morceau de papier comportant 3 go de riz. Il existe d’autres esprits comme le “Maître des fondations”, “l’Esprit gardien de la porte”…

Si les villages regorgent d’esprits, les bois, les montagnes et la nature dans sa globalité ne sont pas en reste. La vie est ainsi remplie de signes favorables ou périlleux, de croyances ou de superstitions. Les Tokebi sont les esprits des trépassés, noyés, qui sont redoutables.

Il n’existe plus aujourd’hui de culte organisé mais les chamanes jouaient un rôle important et ce jusqu’à l’avènement de la dernière dynastie Joeson. On notera simplement que l’influence de ces croyances perdure et on trouve aujourd’hui encore des devins exorciseurs (Paksu ou Hoarang-i), auquel on prête le pouvoir de commander aux esprits.

La Confédération de Gaya

De cette période, l’histoire retient communément les royaumes de Goguryeo (고구려), Baekje (백제) et Silla (신라). De récentes découvertes archéologiques permettent pourtant aujourd’hui d’avancer que d’autres Etats ont joué un rôle influent dans le développement de la péninsule. C’est ainsi que le rôle de Gaya a été réévalué.

Gaya, une confédération de cités-états
La ligue de Gaya est une confédération de cités-états établie il y a plus de deux mille ans dans l’extrême sud de la péninsule, sur la rive ouest du fleuve Nakdong. L’actuelle ville de Gimhae en fût la capitale. Entourée par les royaumes de Baekje à l’ouest et Silla à l’Est. Gaya était une société avancée et les découvertes archéologiques démontrent son dynamisme culturel et commercial. Vous pouvez approfondir ce sujet en lisant l’article consacré à la visite du site de Bokcheon à Busan où jadis se trouvait la cité-état Geumhwan Gaya (43-532 ap. J.C.)

Prospérité, liens commerciaux et déclin
Pour des raisons politiques et stratégiques, Gaya ne pouvait pas nouer de liens commerciaux avec ses deux plus proches voisins. Elle du se tourner vers les commanderies chinoises de Nangnang et Daifang à l’est et au nord avec les tribus des Ye. Des découvertes récentes permettent d’établir également l’existence d’un commerce avec le Japon, comme l’indique la présence a la fois en Corée et au Japon de dagues à la forme déviée et des miroirs d’imitations japonais.

La prospérité maritime de Gaya attestée dans un livre chinois, le Sanquo-chi (histoires des trois royaumes) s’explique par le développement de la production de fer, considérée comme la plus importante ressource naturelle et commerciale de Gaya lui permis de devenir puissante. Certains objets en fer déformés avec des motifs en spiral sont les plus anciens découverts dans la péninsule.

La dévaluation du fer et la baisse des commandes passées par ses voisins furent les facteurs aggravants de la chute de la confédération qui disparaît en 562.

Silla 신라

Le royaume de Silla a été fondé en 57 av. J.C. dans la plaine de Kyŏngju située dans le sud est de la péninsule par Bak Hyeokgeose. Silla est le dernier des 3 royaumes à apparaître. La légende raconte ainsi l’histoire de sa création :

« Sortit d’un oeuf, Hyeokgeose est à l’âge de 10 ans choisit pour roi par les chefs des 6 tribus dans la région de Kyŏngju. Sa femme est fille de dragon. La vertu de ces deux personnages fut si grande que ni les chinois ni les japonais n’osèrent les attaquer »

L’état tribal de Saro

Le royaume de Silla trouve ses origines voilà près de 3 000 ans. Vers -700 av.J.C., des immigrés venus du nord forment dans la plaine de Kyŏngju six tribus unifiées. A la fin du IIe siècle av.J.C., les villes se réunissent sous une même bannière et forment l’Etat de Saro, le premier nom donné à Silla. Il compte alors environ 15 000 habitants répartis dans six cités de 2 500 habitants chacune. A cette période, d’importantes vagues d’immigration viennent peuplée la région.

Bak Hyeokgeose originaire du clan des Kûmyang devient le premier le premier souverain de Saro en 57 av. J.C. après avoir unifié les tribus de la plaine de Kyŏngju. Cette date spécifiée dans le Samguk Sagi semble inexacte et situe la création du royaume de Silla avant ses deux rivaux alors que tout indique qu’il ai été le dernier a apparaître. A cette période, Saro établit des liens commerciaux avec la commanderie chinoise de Nangnang située dans le nord de la péninsule. Ces relations lui permettent d’accélérer son essor. Au IIe siècle, des vagues successives d’immigrants fuyant les guerres plus au nord trouvent refuge auprès de cet Etat situé aux confins de la péninsule. Cet afflux massif de population modifie profondément Saro tant sur le plan politique que culturel.

Développement et expansion du Royaume de Silla

Sous l’impulsion du clan Sŏk, l’Etat tribal se transforme progressivement et devient pendant le règne du roi Naemul (356–402) du clan Kim une véritable monarchie héréditaire. Il est le premier souverain à porter le titre de Maripgan (마립간), l’autorité suprême de Saro. Il met en place un système politique efficace lui permettant de développer la puissance de son royaume sur le plan économique, politique, militaire et diplomatique. En 377 il formalise les relations avec ses voisins par l’envoie d’émissaires en Chine et à Goguryeo (également orthographié Goguryŏ). Le prince Silseong lui succède mais il est renversé en 417 par Nulji avec le soutien de Goguryeo. Depuis que Silla a reconnu la suzeraineté de Goguryeo au milieu du IIIe, les relations qu’il entretient avec son puissant voisin du nord sont pacifiques. Goguryŏ lui porte même assistance en 399 pour débouter les envahisseurs japonais. Mais les politiques expansionnistes menées par ces deux royaumes vont générer inévitablement des conflits d’intérêt. Silla s’affranchit de l’autorité de son puissant voisin du nord en 424 et conclut une alliance militaire avec Baekje en 433 pour contrer la menace Goguryŏ.

Le roi Beopheung (514-540) s’empare en 532 de Bon Gaya (본가야), puissante région de la ligue de Gaya, située dans le bassin de la rivière Nakdong. Il contrŏle ainsi l’ensemble du sud est de la péninsule. Son successeur et neveu, le roi Inheung (540-576) poursuit l’expansion territoriale du royaume. En 551, il associe son armée à celle de Baekje pour envahir les vastes régions du nord occupées par Goguryeo alors en prise à de graves troubles internes. D’immenses territoires sont pris à l’ennemi et notamment le bassin du fleuve Han, une position stratégique capitale. Alors que les deux royaumes avaient convenu d’un partage équitable, Silla se retourne contre son allié et s’empare de l’ensemble des territoires nouvellement conquit. Ce volte-face met fin à une alliance qui aura durée pas moins de 120 ans. Ces conquêtes lui ouvrent enfin la possibilité de développer un commerce direct avec la Chine. Silla continue son expansion cette fois-ci vers l’ouest et en 562, le général Yi Sabu (이사부) s’empare de Dae Gaya (대가야) qui avait joué un rôle majeur dans le développement de la ligue de Gaya grâce à sa haute maîtrise du fer. Gaya qui a longtemps dominé son rival Silla est finalement absorbé.

Dans un dernier sursaut d’orgueil, Baekje reprendre à Silla une partie de ses territoires ainsi que la ville Taeyasŏng (actuelle Hapch’ŏn) en 642. La frontière qui sépare les deux royaumes se stabilise le long du fleuve Naktong. N’ayant pu rallierGoguryŏ à sa cause, Silla se tourne vers la Chine des Tang pour évincer ses ennemis. La dynastie Tang qui malgré tous ses efforts ne parvient toujours pas à faire tomber Goguryŏ accepte cette alliance. Elle lui permettrait enfin d’éliminer ce gênant voisin et pourquoi pas de prendre par la suite le contrôle totale de la péninsule. En 660 l’empereur chinois Gaozong et les troupes de Silla lancent conjointement un assaut contre Baekje. Après la prise de Sabi, la capitale du royaume, le roi Uija capitule le 16 juillet. Il faudra encore trois années de luttes pour éliminer toutes les poches de résistance. Après la chute des villes Hansan et finalement Imjonsŏng, le territoire de Baekje est placé sous contrôle de cinq administrateurs chinois.

Après cette première grande victoire, les alliés se réorganisent en vue d’affronter Goguryŏ. Le règne totalitaire du roi Yŏn ‘ Gaesomun a affaiblit l’esprit de résistance et d’unité des sujets du royaume. A la mort du tyran en 666, les luttes de successions affaiblissent encore un peu plus Goguryŏ. La Chine et Silla en profitent pour lancer une vaste offensive qui durera près de deux ans. La résistance héroïque du peuple Goguriote ne parviendra pas à empêcher la chute de Pyongyang en 668. La capitale du royaume est mise à sac et totalement détruite. Expulsion des troupes Tang

Après la chute des royaumes de Baekje et Goguryŏ, la Chine met en place à Pyongyang un protectorat dans le but de coloniser l’ensemble du territoire coréen, Silla comprit. Ainsi l’allié d’hier était placé de facto sous domination chinoise. Sa réaction ne se fit pas attendre. Le roi de Silla offrit à la résistance de Goguryŏ tout son soutient dans le but d’expulser les chinois hors de Corée. Ensemble ils reprennent le contrôle des anciens territoires de Baekje aux chinois avant de lancer leurs troupes vers le nord. En 676, après une série de bataille dans le bassin du fleuve Han, les forces de Silla réussirent à chasser les troupes Tang. Elles se replient plus au nord en Mandchourie et quittent ainsi définitivement la péninsule. Pour la première fois, la péninsule était unifiée sous un seul royaume mais la perte de territoire au nord en était le prix a payer. La société Silla

Le système des Os, un système original pour gérer le Royaume de Silla

La civilisation de Silla doit son spectaculaire développement à l’efficacité de son organisation influencée par la Chine particulièrement au VIe et VIIe siècle. La principale spécificité de Silla était certainement l’organisation de sa société par un ordre rigide appelé « système des os » (골품제도) probablement introduit sous le règne du roi Beopheung (514-540). Ce système, comparable aux castes, hiérarchise l’ordre aristocratique et l’accès aux plus hautes fonctions. Le système des os régissait également la vie quotidienne. De l’appartenance à tel ou tel rang dépendait non seulement le statut officiel mais aussi les droits de mariage, la couleur de vêtement, la dimension du logement, les objets qu’il était possible d’avoir…

L’expansion du territoire obligea le royaume à mettre en place un système rigoureux pour gouverner les terres. Il se traduit entre autres par l’envoi d’inspecteurs chargés de surveiller l’état de l’administration. Par ailleurs, le gouvernement central fut doté de dix ministères : affaires d’état, défense, impôts et corvées, rites, accueil des hôtes étrangers, remontrance contre les fonctionnaires, travaux publics, service du personnel et, justice. La circulation de voyageurs et de marchandises est facilitée par des réseaux routiers organisés dès le IIe siècle. En 487, Silla dispose de relais tout le long de ses voies de communication. Ceci permis l’ouverture d’un marché central dans la capitale. Le trafic maritime fut lui aussi l’une des priorités de Silla. Art et culture

La culture de Silla

La culture de Silla est d’abord influencée par Baekje et Goguryeo par qui il reçoit le bouddhisme. L’État soutint le bouddhisme qui devint religion d’Etat en 528. De nombreux moines furent envoyés en Chine et enseignèrent à leur retour la culture et les coutumes chinoises, des doctrines bouddhistes à l’architecture. De nombreux temples furent construit, dont les plus fameux sont ceux de Hwang-nyongsa, Bulguksa et Sokkuram. Bien que la plupart de ces constructions aient aujourd’hui disparut, il reste encore aujourd’hui les fondations du temple de Hwang-nyongsa, le plus grand temple élevé dans la région après 16 ans de travaux (553-569). Notons également l’une des constructions les plus intrigante et parfaitement conservée , la tour astronomique de Chomsongdae, la plus ancienne d’Asie , construite avec 362 pierres, pour les 362 jours de l’année lunaire.

Goguryeo 고구려

37 av. J.-C à 668 ap. J.-C

Le territoire du royaume de Goguryeo, après celui de Balhae, fut le plus vaste de toute l’histoire de la Corée et s’étendit sur une large partie de la Chine, bien au-delà des frontières actuelles. Il garde aujourd’hui une place toute particulière dans le coeur des coréens.

Le royaume de Goguryeo est fondé en 37 av. J.-C. près de Zolmon (Huanren, Chine) par Jumong (주몽), prince de la famille royale de Buyeo. Il s’établit plus au sud, dans la vallée de l’Amnok Gang. Il parvient à se faire une place dans ces régions situées au nord de la Corée et habitées par des tribus, en faisant la guerre où le plus souvent en passant des alliances (notamment avec la puissante société locale Yemaek). L’absorption des petits organismes environnants est facilitée par l’absence de rivalité entre populations. Le nouvel état se développe peu à peu dans cette région reculée et peu accessible. Le contrôle administratif de la commanderie chinoise Nangnang est impossible.

 

Le développement du royaume

La classe dirigeante de Goguryeo était pour l’essentiel militaire. L’activité militaire fut en effet la principale caractéristique du royaume. Elle lui permit d’étendre son territoire tant vers le nord que vers le sud et lui assura la majeure partie de ses revenus qui provenaient des raids contre ses voisins. Le royaume profite des troubles de la première Dynastie Han pour refuser obéissance à l’empereur Wang Mang (12 ap. J.-C.). Il annexe deux ans plus tard une première commanderie chinoise. En 37, il s’empare de Nangnang mais la commanderie est rétablit dix ans plus tard grâce au fondateur de la deuxième dynastie chinoise des Han. Goguryeo soumet les royaumes Sonbi puis Puyeo en 194 ap. J.-C. Succédant à Mohon, T’aejo consolide la puissance du royaume et établit une dizaine de places fortes.

Le roi GogukCheon (179-196) lance une importante réforme du système administratif afin de réduire le pouvoir de la noblesse et assurer la prédominance de l’autorité royale. Goguryeo qui était divisé en cinq clans est désormais partagé en cinq districts. Ce système aboutit en 373 à la promulgation sous le roi Sosurim (371-384) d’un ensemble de lois et de règles régissant la totalité du territoire. A mesure que Goguryeo gagne en importance, les frictions avec la Chine deviennent sous-jacentes.

En 224, la dynastie chinoise des Wei qui voyait menacées ses communications avec la commanderie de Nangnang fit attaquer Goguryeo par le général Guan Qiu-jian. Hwanddosŏng, la capitale de Goguryeo fut détruite au cours des opérations, mais le royaume ne s’en trouva pas affaibli pour autant.

Le royaume n’entre en relation avec Silla et Baekje que tardivement (respectivement en 245 et 369) car au centre de la Corée se trouvait comme nous l’avons vu la commanderie chinoise Nangnang.

En 313, la Chine se trouve en plein chaos, le prestigieux empire des Han vole en éclat. Le roi Micheon de Goguryeo (300-331) en profite pour s’emparer de la commanderie. Cette date marque la fin de 400 ans de présence chinoise dans la péninsule. Après l’éclatement de la dynastie Han, Goguryeo a plus de mal à s’imposer parmi les nouveaux et multiples petits royaumes. Les rois de la famille Ko se tournent alors vers le sud. La capitale est transférée dans la vallée du Taedong Gang, aux environs de Pyeongyang. L’élimination de la présence chinoise plus un gain de territoire ont joué un rôle capital dans l’essor culturel et économique de Goguryeo. Sous le règne Gwanggaeto Wang (391-413), le royaume de Goguryeo devint l’état le plus puissant d’Asie du nord-est. Son territoire occupe alors le centre et le nord de la péninsule et le nord-est de la Chine. Au commencement du IVe siècle, Goguryeo se trouve limitrophe avec Baekje, comme il l’était avec Silla depuis cinquante ans. Le royaume est alors à son apogée.

 

Goguryeo face à la Chine

En 589, la Chine est réunifiée par la dynastie des Sui. Face au danger potentiel que représente l’alliance passée entre les Tujue, peuple nomade des plateaux mongols et Goguryeo, la Chine va former une vaste armée. Dix ans plus tard, Goguryeo profite des démêlées entre Tujue et Chinois pour prendre à revers les troupes chinoises. L’empereur Wendi de la Dynastie Sui vient à bout des Tujue et repart à l’attaque de Goguryeo à la tête de plus d’un million d’hommes. Le général Ulji Mundeok, considéré comme le plus grand stratège de Goguryeo mais aussi de toute l’histoire de la Corée parvient a déjouer les multiples attaques chinoises. Au final, ces soixante-dix ans de guerres provoquèrent la chute de la dynastie des Sui et l’affaiblissement des ressources de Goguryeo.

Avec l’avènement de l’Empire chinois des Tang en 618, les conflits entre les deux puissances s’intensifièrent encore. Sous la direction du célèbre général Yeon’Gaesomun, l’armée parviendra pendant un temps à déjouer les actes d’agression de Tang. Le grand patriotisme de son peuple et son esprit d’assistance à l’armée étaient à la base de la puissance du Goguryeo.

Alors que le royaume peine à se remettre d’un terrible coup d’état (le roi Yongnyu et tous ses ministres sont tués par Yeon’Gaesomun, un redoutable général qui portait cinq sabres), une nouvelle menace se profile. En 650, la Chine devant son incapacité à régler seule le problème Goguryeo décide de s’allier au royaume de Silla. Les troupes de Goguryeo, usées par des longues années de luttes, s’effondrent sous les coups de Tang et de Silla. En 668, les troupes impériales chinoises et celles de Silla, déjà presque complètement maîtresses du royaume de Baekje, attaquèrent une dernière fois un Goguryeo à l’agonie.

Le Goguryeo fut une grande puissance de l’Orient, de par la taille de son territoire, de l’importance de ses forces militaires, du développement de sa culture et de la durée de son existence. Son vaste territoire fut partagé; la partie nord revint aux chinois et la partie sud au royaume de Silla et le reste à Balhae, successeur de Goguryeo. Jumong (주몽), fondateur du royaume de Goguryeo

Fils de Haemosu et Yuhwa, Jumong est le fondateur du royaume Goguryeo en 37 av. J.C.; La légende raconte qu’il est sortit d’un oeuf protégé par le ciel et les animaux. Après quelques mois seulement il est déjà capable de parler et ses aptitudes exceptionnelles s’améliorent à mesure qu’il grandit. Poussé par une force supérieure, il part vers le sud fonder un nouveau royaume. S’en suit alors une chevauchée fantastique jusqu’au jour où il décide d’installer la capitale de son royaume au bord d’un fleuve. Jumong doit alors faire face à Songyang, le roi de la province et lui annonce “Je suis le fils du ciel et maintenant roi de cette terre”. Songyang propose alors un défi de précision au tir à l’arc que Jumong remporte brillamment. Après cela, Jumong commanda à la pluie de tomber et en sept jours la capitale de Songyang disparue sous les flots. Puis avec l’aide du ciel Jumong érigea son palais, là aussi en sept jours, ainsi apparu le royaume de Goguryeo. Science et Art à Goguryeo

Le royaume s’imprégna des influences tant chinoises que des groupes nomades des plaines du nord pour créer sa propre culture qui influença à son tour le reste de la péninsule ainsi que le Japon.

A l’époque de Goguryeo, la météorologie et l’astronomie connaissent un développement rapide. Selon les archives, il y avait un observatoire de vaste dimension au sud de Pyongyang et l’observation astronomique s’effectuait à un niveau élevé. En témoignent les cartes du ciel découvertes dans des tombeaux Goguryeotes à fresques. Citons surtout la carte du ciel en pierre, gravée au IVe où Ve siècle : elle contient près de 1500 étoiles sur plus de 280 constellations axées sur le pôle nord. C’est une carte des constellations très ancienne, au contenu exact. A cette époque, la médecine dont l’acupuncture et la stimulation des points connaissait un progrès remarquable ; elle fut diffusée jusqu’au Japon.

Les vestiges du Goguryeo témoignent du développement de la métallurgie et de la construction au Goguryeo. Les beaux-arts se distinguent par leur originalité, leur vigueur, leur grandeur et leur beauté. Des portraits et des scènes ont été découverts dans le tombeau du roi Ko Guk Won et dans celui à fresques de Tokhungri. Des toiles à quatre anges gardiens (dragon bleu, tigre blanc, phénix rouge et tortue : animaux fantastiques représentant les quatre directions) se trouvent dans les tombeaux de Kangso. Jusqu¹ici, plus de 90 tombeaux de ce genre ont été découverts.

La littérature et les arts connurent aussi un développement. Citons par exemple, les légendes consacrées à la fondation du Goguryeo : Les Contes de Jumong, L’Histoire d’Ulji Mundeok, L’Histoire d’Ondal, Le lapin et la tortue et le poème d’Ulji Mundeok à l’adresse de Yu Zhoungwen. La musique et la danse sont aussi parvenues à un niveau supérieur.

La culture développée du Goguryeo a exercé une grande influence non seulement sur Baekje et Silla mais aussi sur les autres pays voisins. La fresque du tombeau Takamatszuga de la préfecture de Nara, la plus célèbre fresque tombale au Japon, et la peinture murale dorée du temple Hougu faite en bois, la plus ancienne au monde, ont toutes été créées par des Koguryotes.

Baekje 백제

Le monarque fondateur de Baekje (백제) aurait été Onjo, fils de Jumong (주몽) lui-même fondateur de Goguryŏ. Onjo établit en 18 av. J.C la ville de Wiryeseong (actuelle Séoul) dans le bassin du fleuve Han au centre de la péninsule coréenne. Baekje qui n’est alors qu’un état tribal se développe parmi soixante-dix sept autres fédérations dont certaines constituées elles aussi de migrants et de réfugiés venus de Goguryŏ. La lente et difficile assimilation des populations autochtones s’accélèrent soudain devant les menaces soufflant du nord. Développement du royaume

Le peuple de Baekje est d’origine diverse. Le développement du royaume s’appuie sur quatre groupes de population distincts; ceux venus du sud depuis Buyeo et ceux venus de Goguryeo située plus au nord constituèrent le vivier principal duquel sont issus la noblesse et la royauté, les natifs de la région de Mahan, les chinois issus des commanderies de Nang-rang et Dae-bang absorbées par Baekje et enfin dans une moindre mesure de japonais qui immigrèrent à Baekje au cours des échanges culturels et commerciaux. Au VIIe siècle, Baekje aurait compté jusqu’ à 1 200 000 habitants.

La fédération est réorganisée sous le règne du roi Goi (234-286), premier souverain du royaume. C’est sous son règne que Baekje prend le contrôle total du bassin du fleuve Han en éliminant la menace des Malgals, alors vassaux de Goguryŏ. Il instaure une monarchie rigoureuse, structurée autour des Chwap’Yŏng. Au nombre de six, ces ministres ont pour fonction les finances, le conseil du roi, les rites, la garde royale, la justice et les affaires militaires. Pour compléter ce système, un poste de premier ministre sera créé pour renforcer la bonne administration du pouvoir. Ces réformes permettent au royaume de prendre son essor, mais il faudra attendre encore en siècle pour que Baekje s’affirme comme Etat.

L’histoire de ce royaume est faite de luttes pour repousser les invasions de Goguryŏ et de Malgal au nord, de Silla à l’est et de Mahan au sud. En 246, la commanderie chinoise de Lo-lang située au nord lance une attaque d’envergure contre la région afin d’empêcher la consolidation de ce nouvel état. Au IVe siècle, Baekje est renforcée par l’arrivée massive de populations venues de Lo-lang et de Puyŏ qui fuyaient les armées de Goguryŏ.

Sa restructuration en un Etat aristocratique centralisé est poursuivie par le roi Geunchogo (346-375) qui fut un grand conquérant. C’est le premier roi de Corée à être mentionné dans les annales chinoises. Il annexe le pays de Mahan et la commanderie chinoise de Daifang (369). Après une guerre contre Goguryŏ (371) durant laquelle le roi de Goguryŏ est tué, Baekje s’empare de Pyongyang et agrandit son territoire vers le nord. Le royaume domine alors l’ensemble sud-ouest de la péninsule.

Le roi Ch’imnyu (384-385) adopte le bouddhisme en 384. Cette religion nouvelle fait rapidement la conquête de la noblesse et de nombreux temples sont construits. Certains moines comme le plus célèbre, Kyŏmik (Ve-VIe siècle) partent jusqu’en Inde recueillir des Sutras en Sanskrits qu’ils traduisent ensuite. L’introduction du bouddhisme marque le point de départ de l’art de Baekje. Luttes et replis de Baekje

En 475, soit cent ans après sa défaite, le royaume de Goguryŏ lance une attaque avec une armée de 30 000 hommes et Hansong, la capitale de Baekje est prise. Le roi Gaero (455-475) meurt au cours des combats. Le roi Munju, qui lui succède, est obligé la même année de déplacer la capitale de Baekje à Ungjin (actuelle Gongju) située plus au sud. Il se consacre à rétablir l’autorité royale et renforce ses positions dans le sud.

Baekje se retrouve à nouveau en grande difficulté en 538 et sous la seizième année de règne du roi Seong, la capitale est à nouveau déplacée à Sabi (actuelle Buyeo). Baekje change alors de nom officiel et devient le royaume de Nambuyeo (남부여). Ces changements marquent le début de la période Sabi (538-660). Le roi renforce le pouvoir royal et resserre ses liens avec la Chine et le Japon. Profitant de dissensions internes de Goguryŏ le roi Seong reprend le bassin inférieur du fleuve Han en 551 avec l’appuie de Silla. Mais en 553, Silla se retourne contre son ancien allié et lui prend les terres nouvellement acquises. Cet évènement rompt soudainement cent vingt années d’alliance entre Baekje et Silla. Un an plus tard, le roi Seong lance une dernière tentative pour récupérer ces territoires. Appuyé par la ligue de Gaya, il attaque les positions de Silla et meurt au combat ainsi que 30 000 de ses soldats lors de la bataille de Gwansan.

Malgré ses efforts pour reconstruire un état puissant, Baekje ne parviendra plus à prendre l’ascendant sur Silla. Enfin, une alliance entre le royaume de Silla et la dynastie chinoise des Tang lui portera le coup final. Baekje disparaît définitivement en 660 alors que Silla annexe ses territoires. Art et commerce

Baekje est un royaume commerçant. La production d’objets en métal était contrôlée par l’état. Le gouvernement central régissait la fabrication des armes ainsi que des outils agricoles et du textile. Selon le Samguk Sagi, la riziculture apparaît dans la région en 33 ap. J.-C. L’état organise le territoire en conséquence : travaux d’irrigation, construction de réservoirs d’eaux. Outre le riz, le royaume commercialise divers légumes et fruits et notamment le chanvre et le mûrier pour l’élevage du ver à soie.

Les rares objets artisanaux qui nous soient parvenus témoignent d’un niveau de qualité exemplaire comme en atteste les fouilles du tombeau du roi Muryŏng (501-523) et la découverte de bijoux d’une extrême finesse. C’est pendant la période Sabi (538-660) que la culture Baekje et la culture bouddhique furent à leur apogée.

Pour prendre pleinement conscience de la qualité et de l’influence de cet artisanat, il faut se tourner vers le Japon avec lequel Baekje entretient des relations de longue date. Tout d’abord, Baekje transmet au IVe siècle les fondements de la culture classique chinoise au Japon. C’est en effet deux illustres personnages de Baekje, Ajikki et Wangin qui apportent pour la première fois l’écriture et les oeuvres classiques chinoises sur l’archipel. Si de nombreux étudiants venaient du Japon pour bénéficier des enseignements de Baekje, c’est principalement la présence à partir du Ve siècle de nombreux immigrés venus de Baekje qui développèrent la culture japonaise. C’est ainsi que la ville de Nara a été construite par des ouvriers-artisans venus de Baekje. Le Japon leur doit encore le Grand Bouddha et le temple de bois d’Hōryū-ji. (Ce temple est par ailleurs devenu en 1993 le premier site japonais reconnu patrimoine mondial de l’humanité). Plus généralement, il est admis que l’art de Baekje est à l’origine de la civilisation japonaise d’Asuka (552-644).