Baekje 백제

Le monarque fondateur de Baekje (백제) aurait été Onjo, fils de Jumong (주몽) lui-même fondateur de Goguryŏ. Onjo établit en 18 av. J.C la ville de Wiryeseong (actuelle Séoul) dans le bassin du fleuve Han au centre de la péninsule coréenne. Baekje qui n’est alors qu’un état tribal se développe parmi soixante-dix sept autres fédérations dont certaines constituées elles aussi de migrants et de réfugiés venus de Goguryŏ. La lente et difficile assimilation des populations autochtones s’accélèrent soudain devant les menaces soufflant du nord. Développement du royaume

Le peuple de Baekje est d’origine diverse. Le développement du royaume s’appuie sur quatre groupes de population distincts; ceux venus du sud depuis Buyeo et ceux venus de Goguryeo située plus au nord constituèrent le vivier principal duquel sont issus la noblesse et la royauté, les natifs de la région de Mahan, les chinois issus des commanderies de Nang-rang et Dae-bang absorbées par Baekje et enfin dans une moindre mesure de japonais qui immigrèrent à Baekje au cours des échanges culturels et commerciaux. Au VIIe siècle, Baekje aurait compté jusqu’ à 1 200 000 habitants.

La fédération est réorganisée sous le règne du roi Goi (234-286), premier souverain du royaume. C’est sous son règne que Baekje prend le contrôle total du bassin du fleuve Han en éliminant la menace des Malgals, alors vassaux de Goguryŏ. Il instaure une monarchie rigoureuse, structurée autour des Chwap’Yŏng. Au nombre de six, ces ministres ont pour fonction les finances, le conseil du roi, les rites, la garde royale, la justice et les affaires militaires. Pour compléter ce système, un poste de premier ministre sera créé pour renforcer la bonne administration du pouvoir. Ces réformes permettent au royaume de prendre son essor, mais il faudra attendre encore en siècle pour que Baekje s’affirme comme Etat.

L’histoire de ce royaume est faite de luttes pour repousser les invasions de Goguryŏ et de Malgal au nord, de Silla à l’est et de Mahan au sud. En 246, la commanderie chinoise de Lo-lang située au nord lance une attaque d’envergure contre la région afin d’empêcher la consolidation de ce nouvel état. Au IVe siècle, Baekje est renforcée par l’arrivée massive de populations venues de Lo-lang et de Puyŏ qui fuyaient les armées de Goguryŏ.

Sa restructuration en un Etat aristocratique centralisé est poursuivie par le roi Geunchogo (346-375) qui fut un grand conquérant. C’est le premier roi de Corée à être mentionné dans les annales chinoises. Il annexe le pays de Mahan et la commanderie chinoise de Daifang (369). Après une guerre contre Goguryŏ (371) durant laquelle le roi de Goguryŏ est tué, Baekje s’empare de Pyongyang et agrandit son territoire vers le nord. Le royaume domine alors l’ensemble sud-ouest de la péninsule.

Le roi Ch’imnyu (384-385) adopte le bouddhisme en 384. Cette religion nouvelle fait rapidement la conquête de la noblesse et de nombreux temples sont construits. Certains moines comme le plus célèbre, Kyŏmik (Ve-VIe siècle) partent jusqu’en Inde recueillir des Sutras en Sanskrits qu’ils traduisent ensuite. L’introduction du bouddhisme marque le point de départ de l’art de Baekje. Luttes et replis de Baekje

En 475, soit cent ans après sa défaite, le royaume de Goguryŏ lance une attaque avec une armée de 30 000 hommes et Hansong, la capitale de Baekje est prise. Le roi Gaero (455-475) meurt au cours des combats. Le roi Munju, qui lui succède, est obligé la même année de déplacer la capitale de Baekje à Ungjin (actuelle Gongju) située plus au sud. Il se consacre à rétablir l’autorité royale et renforce ses positions dans le sud.

Baekje se retrouve à nouveau en grande difficulté en 538 et sous la seizième année de règne du roi Seong, la capitale est à nouveau déplacée à Sabi (actuelle Buyeo). Baekje change alors de nom officiel et devient le royaume de Nambuyeo (남부여). Ces changements marquent le début de la période Sabi (538-660). Le roi renforce le pouvoir royal et resserre ses liens avec la Chine et le Japon. Profitant de dissensions internes de Goguryŏ le roi Seong reprend le bassin inférieur du fleuve Han en 551 avec l’appuie de Silla. Mais en 553, Silla se retourne contre son ancien allié et lui prend les terres nouvellement acquises. Cet évènement rompt soudainement cent vingt années d’alliance entre Baekje et Silla. Un an plus tard, le roi Seong lance une dernière tentative pour récupérer ces territoires. Appuyé par la ligue de Gaya, il attaque les positions de Silla et meurt au combat ainsi que 30 000 de ses soldats lors de la bataille de Gwansan.

Malgré ses efforts pour reconstruire un état puissant, Baekje ne parviendra plus à prendre l’ascendant sur Silla. Enfin, une alliance entre le royaume de Silla et la dynastie chinoise des Tang lui portera le coup final. Baekje disparaît définitivement en 660 alors que Silla annexe ses territoires. Art et commerce

Baekje est un royaume commerçant. La production d’objets en métal était contrôlée par l’état. Le gouvernement central régissait la fabrication des armes ainsi que des outils agricoles et du textile. Selon le Samguk Sagi, la riziculture apparaît dans la région en 33 ap. J.-C. L’état organise le territoire en conséquence : travaux d’irrigation, construction de réservoirs d’eaux. Outre le riz, le royaume commercialise divers légumes et fruits et notamment le chanvre et le mûrier pour l’élevage du ver à soie.

Les rares objets artisanaux qui nous soient parvenus témoignent d’un niveau de qualité exemplaire comme en atteste les fouilles du tombeau du roi Muryŏng (501-523) et la découverte de bijoux d’une extrême finesse. C’est pendant la période Sabi (538-660) que la culture Baekje et la culture bouddhique furent à leur apogée.

Pour prendre pleinement conscience de la qualité et de l’influence de cet artisanat, il faut se tourner vers le Japon avec lequel Baekje entretient des relations de longue date. Tout d’abord, Baekje transmet au IVe siècle les fondements de la culture classique chinoise au Japon. C’est en effet deux illustres personnages de Baekje, Ajikki et Wangin qui apportent pour la première fois l’écriture et les oeuvres classiques chinoises sur l’archipel. Si de nombreux étudiants venaient du Japon pour bénéficier des enseignements de Baekje, c’est principalement la présence à partir du Ve siècle de nombreux immigrés venus de Baekje qui développèrent la culture japonaise. C’est ainsi que la ville de Nara a été construite par des ouvriers-artisans venus de Baekje. Le Japon leur doit encore le Grand Bouddha et le temple de bois d’Hōryū-ji. (Ce temple est par ailleurs devenu en 1993 le premier site japonais reconnu patrimoine mondial de l’humanité). Plus généralement, il est admis que l’art de Baekje est à l’origine de la civilisation japonaise d’Asuka (552-644).

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